Brésil & Culture #10 : L’Empire du Brésil sous Pedro I (1822-1831)

En 1807, Napoléon envahit le Portugal, poussant la Cour à fuir au Brésil, alors simple colonie du Portugal aux ressources immenses. Rio de Janeiro devient la capitale du Royaume du Portugal et se développe avec la création de nombreuses institutions. Malgré la défaite finale de Napoléon, le roi João VI ne rentre pas à Lisbonne, souhaitant contrer la vague d’indépendance qui s’abat sur l’Amérique du Sud. Une révolution libérale à Porto force finalement le retour de João VI au Portugal. Son fils Pedro annonce qu’il reste à Rio de Janeiro le 9 janvier 1822, jour connu comme le « Dia do Fico », et proclame l’indépendance du Brésil le 7 septembre.

Guerre d’indépendance

Pedro I est acclamé empereur du Brésil le 12 octobre 1822, jour de son 24e anniversaire, et est couronné quelques semaines plus tard. Entre-temps, un drapeau national est dessiné par le peintre français Jean-Baptiste Debret, au Brésil depuis 1816 dans le cadre de la Mission artistique. Le vert du drapeau rend hommage à la maison de Bragance dont est originaire Pedro I alors que le jaune fait référence à la maison de Lorraine de son épouse, l’Autrichienne Maria Leopoldina.

L’unité du Brésil n’est pas immédiate. Les quatre provinces du Nord (Pará, Maranhão, Piauí et Ceará) annoncent leur obéissance aux Cortes de Lisbonne. À Bahia, une guerre éclate entre Portugais et patriotes brésiliens commandés par le général français Pierre Labatut. Avec l’aide du mercenaire écossais Thomas Cochrane, les Brésiliens parviennent à repousser les troupes du Portugal le 2 juillet 1823, date considérée à Bahia comme celle de l’indépendance du Brésil. Cochrane prend ensuite la direction du Maranhão où il vainc à nouveau les Portugais, mais sa brutalité et le pillage de la ville de São Luís font de lui un personnage contrasté de la guerre d’indépendance.

Une constitution libérale et autoritaire

En 1823, une Assemblée constituante est composée dans le but de rédiger une constitution. Les débats portent notamment sur le pouvoir accordé à l’empereur et aux différentes provinces alors qu’au Portugal, l’insurrection Vilafrancada ferme les Cortes et restaure la souveraineté du roi João VI. À Rio de Janeiro, son fils Pedro I avance un « esprit de désunion » et dissout au cours de la « nuit de l’agonie » l’Assemblée, jugée hostile aux Portugais et qui cherchait à limiter le pouvoir de l’empereur. José Bonifácio, « patriarche de l’indépendance » du Brésil, est condamné à l’exil en France. Pedro I promet une nouvelle constitution libérale, ratifiée en 1824. Au-dessus des trois pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire, s’ajoute un pouvoir « modérateur », défini dans l’article 98 comme « la clé de toute l’organisation politique, délégué à l’empereur, premier représentant de la Nation ».

La dissolution de l’Assemblée constituante entraîne la proclamation de la Confédération de l’Équateur par les provinces du Pernambuco, Ceará, Paraíba et Rio Grande do Norte. Le mouvement séparatiste, mené par le prêtre Frei Caneca, a pour but d’établir une république fédérative inspirée des États-Unis. La révolte est violemment réprimée par les troupes de Pedro I. Seize leaders sont condamnés à mort, dont Frei Caneca, exécuté sur la place publique en janvier 1825. Malgré les révoltes et la répression sanglante, Pedro I parvient à maintenir unifié un territoire gigantesque aux nombreuses disparités.

Reconnaissance internationale

Au-delà des conflits provinciaux, le Brésil indépendant cherche une reconnaissance internationale. Le meilleur allié est l’Angleterre, qui avait déjà permis la fuite de la Cour du Portugal vers Rio de Janeiro en pleine guerre napoléonienne. En échange de la reconnaissance du Brésil, l’Angleterre exige la signature d’un accord mettant fin à la traite négrière, tant pour des raisons morales qu’économiques. « En terminer avec le trafic négrier était une stratégie importante des intérêts britanniques en Afrique […] Les Anglais voyaient dans l’Afrique la possibilité de produits primaires qui approvisionneraient son industrie. Le trafic était alors un obstacle important », écrit l’historienne Miriam Dolhnikoff dans le livre História do Brasil Império. Après la signature du traité, l’Angleterre reconnaît le Brésil comme État souverain et est suivie par de nombreux pays européens, notamment l’Autriche gouvernée par le père de l’impératrice Maria Leopoldina et la France du Roi Charles X. Le diplomate anglais Charles Stuart œuvre pour la reconnaissance par le Portugal, actée en novembre 1825. João VI ratifie le traité, prévoyant le paiement d’une indemnisation de deux millions de livres sterling du Brésil au Portugal.

La dette payée au Portugal aggrave le mécontentement général envers l’empereur Pedro I, critiqué pour son autoritarisme et le traité signé avec l’Angleterre. « La convention célébrée entre les gouvernements du Brésil et britannique pour l’abolition du commerce de l’esclavage […] est contraire à l’honneur, l’intérêt, la dignité, l’indépendance et la souveraineté du Brésil (sic) », juge le député Cunha Matos. On reproche également à l’empereur sa préférence pour le Portugal. Son père João VI, souverain du Portugal, meurt en 1826 dans des conditions suspectes. Un empoisonnement à l’arsenic est confirmé après des analyses effectuées en 2000, les principales accusations se portant sur son épouse Carlota Joaquina et son fils Miguel, quatre ans plus jeune que Pedro I. Nommé Roi du Portugal, Pedro I abdique en faveur de sa fille Maria da Glória, fiancée à son oncle Miguel dans le but de réconcilier les deux branches de la famille.

L’abdication

En 1826, décède également l’épouse de Pedro I, l’Autrichienne Maria Leopoldina, aimée du peuple brésilien pour sa participation à l’indépendance, mais humiliée par l’empereur. Pedro I assiste à des événements publics en compagnie de sa maîtresse Domitila, qu’il nomme marquise de Santos et à qui il accorde de nombreux avantages. La dernière lettre de l’impératrice autrichienne, écrite à sa sœur trois jours avant sa mort, montre une probable violence physique : « Par amour d’un monstre séducteur, je suis réduite à l’état le plus total d’esclavage et complètement oubliée […] Les forces me manquent pour me souvenir d’un attentat aussi horrible, qui sera sans aucun doute la cause de ma mort ». Peu après la mort de Maria Leopoldina, Pedro I délaisse Domitila et, après une recherche difficile en raison de sa réputation, il épouse Amélia de Leuchtenberg, petite-fille de Joséphine de Beauharnais.

Au-delà des affaires personnelles et familiales, la guerre de Cisplatine, qui oppose le Brésil à Buenos Aires à partir de 1825, fragilise la position de Pedro I. Annexée quatre ans plus tôt par le Royaume du Portugal et du Brésil, la province de Cisplatine fournit notamment du cuir et de la viande séchée, consommée principalement par les esclaves. La guerre est longue et coûteuse, tant au niveau financier qu’humain. Une nouvelle fois, l’Angleterre intervient comme médiateur. Un traité est signé en 1828 et accorde l’indépendance au territoire, qui prend le nom de République orientale d’Uruguay. Le Brésil perd une province et la pression s’accentue sur Pedro I. Au Portugal, son frère Miguel détrône sa nièce et fiancée Maria II da Glória et se proclame Roi absolu, marquant le début d’une guerre civile.

L’issue de la guerre de Cisplatine augmente les difficultés financières de l’armée et la contestation des jeunes officiers. Les élections de 1829 accroissent le nombre de députés d’opposition dans un pays inspiré par la Révolution française de 1830 et la chute du roi absolutiste Charles X. À Rio de Janeiro, des affrontements ont lieu entre Portugais et Brésiliens libéraux lors de la « nuit des bouteilles brisées ». Pedro I change une nouvelle fois son ministère, nommant exclusivement des personnes de son entourage. La révolte populaire s’accroît et reçoit le soutien de l’armée, certains gardes désertant le palais impérial. Afin d’éviter un bain de sang, Pedro I abdique et rentre au Portugal, où il mène une guerre fratricide contre Miguel. Il en sort victorieux, mais attrape la tuberculose et meurt en 1834 à l’âge de 35 ans. À Rio de Janeiro, le jeune empereur Pedro II n’est âgé que de 5 ans lorsque son père abdique. En attendant sa majorité, une période de régence s’installe au Brésil, ce qui ne manquera pas de provoquer quelques troubles…

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