Brésil & Culture #6 : Les cycles de production (bois, canne à sucre, or) du Brésil colonial

Le bois pau-brasil

À leur arrivée sur le territoire brésilien en 1500, les Portugais découvrent peu de produits susceptibles d’intéresser le royaume, à l’exception du bois pau-brasil. L’arbre, déjà connu des Européens pour être également présent en Asie, permet d’obtenir une résine rouge utilisée pour colorer le textile. Appelé ibirapitanga par les indigènes tupis, il est connu en Europe sous le nom de « brezil », venant du latin « brasilia », couleur de braise.

Fernão de Loronha, marchand juif converti au catholicisme, reçoit de la Couronne du Portugal le droit exclusif d’exploiter le bois pau-brasil, ainsi qu’une île, connue aujourd’hui sous le nom de Fernandão de Noronha. En échange, Fernão de Loronha reverse une partie des bénéfices à la Couronne et doit explorer 1 500 kilomètres de côtes brésiliennes par an, permettant au Portugal de mieux connaître le territoire. L’exploitation du bois est coûteuse et trois factoreries sont établies à Cabo Frio, Porto Seguro et Igarassu, dans le Pernambuco. Les Portugais ont recours aux indigènes afin d’identifier les arbres et extraire le bois. Les échanges se font sous forme de troc, permettant aux indigènes, les « brasileiros », de s’équiper en outils.

Le bois fait également l’objet de convoitises des Français, qui tentent de s’établir à Rio de Janeiro puis dans le Maranhão et le Pernambuco. Ainsi, l’arbre Paubrasilia echinata de son nom scientifique, est appelé Pernambouc en français. Menés par Martim Afonso de Sousa, les Portugais parviennent à repousser les Français et entreprennent une colonisation plus poussée des terres. Le 22 janvier 1532, la première ville du Brésil est fondée et prend le nom de São Vicente. Les Portugais ont recours à des esclaves parmi les groupes indigènes rivaux, quand ces derniers ne sont pas décimés par les maladies apportées par les Européens. L’exploitation intensive du pau-brasil se poursuit jusqu’à sa quasi-extinction. Encore aujourd’hui, le pau-brasil est protégé et la situation ne s’est améliorée qu’à partir de la deuxième moitié du XXe siècle.

La canne à sucre

Afin de s’établir au Brésil et repousser les autres Européens, les Portugais, sous l’impulsion du roi Jean III, fondent quinze capitaineries le long des côtes, les terres étant concédées à des nobles alors que des prisonniers de droit commun sont envoyés au Brésil pour peupler le territoire. Les Portugais observent que le sol et le climat brésiliens présentent les conditions idéales pour la culture de canne à sucre, qu’ils pratiquent déjà dans les îles de l’Atlantique, comme Madère, Cap-Vert ou les Açores. De nombreux engenhos, des moulins à sucre, sont établis, notamment dans le Pernambuco, à Bahia et São Vicente, où la recherche des terres fertiles entraîne une exploration plus ample du territoire. Au cœur des échanges, la ville de Salvador à Bahia est fondée en 1549 et devient la capitale du Brésil impérial.

Le processus de transformation du sucre passe par de nombreuses étapes : préparation du sol, plantation, cueillette, broyage, extraction du jus, purification, évaporation, cristallisation, séchage et raffinement avant la distribution vers l’Europe. Le travail est exténuant, les journées atteignant 20 heures de travail. Les indigènes libres se montrent peu intéressés par la production de sucre alors que les jésuites fraîchement installés s’opposent à l’esclavage des indigènes, finalement interdit en 1570 par le roi du Portugal, Sébastien Ier. Le trafic d’esclaves venus d’Afrique explose, le nombre d’esclaves passant de 3 000 à 15 000 en trente ans. En raison de la dureté du travail, l’espérance de vie servile au Brésil se situe entre cinq et huit ans.

À Rio de Janeiro, ville fondée en 1565, le sucre produit est de moins bonne qualité que dans le Pernambuco. Les engenhos se concentrent alors sur la cachaça, un alcool produit par distillation du jus de canne à sucre. Bon marché et plus simple à conserver que le vin, la cachaça est populaire en Afrique et permet l’achat de nouveaux esclaves. Entre 5 à 10 % des esclaves décèdent chaque année dans les plantations. La production de sucre au Brésil atteint son apogée au début du XVIIe siècle. En 1624, sur fond de rivalités avec l’Union ibérique regroupant l’Espagne et le Portugal, les Pays-Bas envahissent le Nordeste brésilien. Le sucre est également produit aux Caraïbes par les Néerlandais et les Français, provoquant une chute des cours. Les Portugais doivent alors trouver de nouvelles richesses au Brésil.

L’or

Dès la découverte du Brésil, le Royaume du Portugal cherche à savoir si de l’or se trouve sur le territoire, sans succès au cours des premières années. À la fin du XVIIe siècle, des bandeirantes de São Paulo explorent l’intérieur des terres à la recherche d’or. On attribue à Borba Gato la découverte du précieux métal en 1695, à proximité du Rio das Velhas. La nouvelle arrive à Salvador et au Portugal, de nombreuses personnes affluent vers la région du Minas Gerais, « les mines générales » en français. Des diamants et émeraudes sont en effet également découverts au cours de la deuxième partie du XVIIIe siècle.

La découverte entraîne une ruée vers l’or et une exploration des terres intérieures, le « sertão ». Les premiers conflits arrivent, notamment la Guerre des Emboabas entre paulistes et Portugais. Les paulistes sont défaits en 1709 et remontent le long du fleuve Paraná, découvrant de l’or dans les futurs États du Mato Grosso et de Goiás. Des anciens producteurs de sucre du Nordeste partent pour le Minas Gerais, mais aussi de nombreux Portugais, venus tenter leur chance comme garimpeiros, les chercheurs d’or. Entre 1700 et 1760, plus de 500 000 Portugais quittent le pays, soit 20 % de la population !

La population brésilienne est multipliée par dix en 100 ans, passant de 300 000 habitants lors de la découverte de l’or à trois millions à la fin du XVIIIe siècle. L’arrivée la plus importante de populations concerne cependant l’Afrique, de nombreux esclaves venant en majorité d’Angola. L’historien Stuart Schwartz estime que 1,8 million d’esclaves sont importés au Brésil au cours du XVIIIe siècle. Ils permettent l’extraction de l’or, mais aussi la construction de villes dans le Minas Gerais, comme Ouro Preto, ville fondée en 1711. Quelques rares esclaves obtiennent leur affranchissement, notamment des femmes en raison d’un fort déséquilibre hommes/femmes, alors que d’autres s’évadent et se réfugient dans des quilombos. Principale route vers le Minas Gerais, Rio de Janeiro devient le plus grand port négrier du monde et la capitale du Brésil, remplaçant Salvador en 1763.

Comme pour le cycle du bois pau-brasil, le cycle de l’or se termine avec l’épuisement des mines d’or, fragilisant la Couronne du Portugal, qui touche le quinto, soit 20 % de la production d’or. Le Brésil se développe et diversifie sa production : le sucre, dont les cours sont remontés en raison des conflits européens, et le tabac dans le Nordeste, le café près de Rio de Janeiro, le coton dans le Maranhão ou encore les céréales et l’élevage de bétail dans le Sud. Le cycle de l’or permet également l’enrichissement d’une classe de Brésiliens, dont les enfants sont envoyés au Portugal pour étudier, notamment à l’université de Coimbra. À leur retour, ils importent les idées des Lumières et font naître des envies d’indépendance…

2 réponses à « Brésil & Culture #6 : Les cycles de production (bois, canne à sucre, or) du Brésil colonial »

  1. […] Brésil & Culture #6 : Les cycles de production (bois, canne à sucre, or) du Brésil colo… […]

    J’aime

  2. […] Brésil & Culture #6 : Les cycles de production (bois, canne à sucre, or) du Brésil colo… […]

    J’aime

Répondre à Brésil & Culture #7 : Les religions au Brésil – Marcelin Rio Annuler la réponse.

Tendances