Sans être un grand connaisseur de cinéma, j’aime beaucoup regarder des films, notamment les films brésiliens. Le cinéma brésilien est très riche et varié, mais par manque de connaissances des divers courants, je vous présenterai simplement dix films brésiliens qui m’ont marqué. Je profite aussi de cette introduction pour parler du festival du cinéma brésilien de Paris, qui a lieu tous les ans au mois d’avril. Le festival est organisé par Katia Adler et dure une semaine, avec des projections de films et documentaires au cinéma L’Arlequin. Les films sont plutôt récents et une thématique est choisie chaque année. J’ai été plusieurs fois bénévole pour le festival et c’est toujours une semaine intense, mais très plaisante, avec notamment la possibilité d’assister aux films et même de rencontrer les réalisateurs, qui viennent souvent au festival présenter leur film. Certains films sont encore disponibles sur la plateforme partenaire Jangada et je retiens notamment le documentaire Gamin 23 – Enfances perdues au Brésil (Menino 23 – Infâncias perdidas no Brasil), qui revient sur l’histoire dans les années 1930 d’orphelins noirs tenus en esclavage dans une fazenda d’une riche famille aux idées nazies. J’ai encore en mémoire le regard plein de douleur d’un vieillard rescapé 80 ans après les faits…
La Cité de Dieu (Cidade de Deus)
Impossible de ne pas commencer ce top avec le film brésilien le plus connu à l’étranger, la Cité de Dieu. Réalisé en 2002 par Fernando Meirelles, le film est inspiré d’un roman de Paulo Lins (que j’ai eu la chance de rencontrer !), même si le roman est assez différent du film. L’histoire est (malheureusement) basée sur des faits réels et se déroule dans la favela de la Cité de Dieu, de sa construction dans les années 1960 jusqu’aux années 1980. Le personnage de Zé Pequeno est l’un des plus terrifiants de l’histoire du cinéma et certaines scènes ou phrases sont devenues classiques (« virei playboy », « o pé ou a mão ? », « Dadinho é o caralho, meu nome agora é Zé Pequeno », « se correr o bicho pega e se ficar, o bicho come »). La VO est évidemment à privilégier même si la VF est plus que correcte. Le personnage principal est attachant et j’aime aussi la construction non-linéaire qui rappelle Pulp Fiction, peut-être aussi pour cela que ces deux films sont dans mon top 3 du cinéma. Bref, la Cité de Dieu est évidemment un film à voir pour être un classique non seulement du cinéma brésilien, mais aussi du cinéma mondial.
Troupe d’élite 1 et 2 (Tropa de Elite 1 & 2)
Deux films pour le prix d’un, réalisés par José Padilha en 2007 et 2010. Les films sont peut-être encore plus indispensables que la Cité de Dieu, tant ils peuvent aider à comprendre la violence à Rio de Janeiro, même si un deuxième (ou troisième) visionnage sera sûrement nécessaire tant différents acteurs forment le système. Les films sont aussi basés sur des livres, écrits par le sociologue Luiz Eduardo Soares et deux policiers. Le premier film raconte l’histoire du capitaine Nascimento, joué par Wagner Moura, connu plus tard mondialement pour son interprétation de Pablo Escobar dans la série Narcos. Le capitaine prépare sa retraite du BOPE, le groupe d’intervention d’élite de la police de Rio de Janeiro, et cherche son successeur, montrant la préparation brutale du BOPE pour lutter contre les trafiquants dans les favelas. Malgré une scène de torture particulièrement bien réalisée (et réaliste), le capitaine Nascimento a été vu comme un héros par une bonne partie de Brésiliens, qui considèrent que « un bon bandit est un bandit mort ».
Ennuyé par la réception positive du public concernant le personnage de Nascimento, José Padilha réalise une suite à son premier film trois ans plus tard. Le nom complet est « Tropa de Elite 2 : O inimigo agora é outro », qui a été traduit par « Troupe d’élite 2, l’ennemi intérieur ». La suite permet de complexifier et élargir le problème de la sécurité à Rio de Janeiro avec l’apparition de la classe politique corrompue et des milices, encore aujourd’hui actives à l’Ouest de Rio de Janeiro. Je préfère largement le deuxième film, qui s’inspire aussi (encore une fois malheureusement) de faits réels. Le député Diogo Fraga, basé sur le vrai député Marcelo Freixo, semble bien seul à lutter contre les milices et l’espoir d’un changement à la fin du film est quasi inexistant. Milhem Cortaz, déjà brillant dans le premier film en tant qu’aspirant du BOPE Fábio Barbosa, livre une prestation magistrale et le film est ponctué des phrases cultes devenues memes (« quem quer rir tem que fazer rir », « quer me foder ? Então me beija », « esquece essa merda aí porra », « o sistema é foda parceiro »). Ce film, bien qu’exigeant, est essentiel et fera certainement changer votre regard sur les favelas et la guerre contre la drogue.
La Cité des Hommes (Cidade dos homens)
En 2002, après le succès de la Cité de Dieu, Fernando Meirelles sort également la mini-série la Cité des Hommes, avec 20 épisodes d’environ 30 minutes. La série se passe dans une favela de Rio de Janeiro, mais est plus « humaine », avec moins de violence. Elle suit deux amis pré-adolescents, joués par Douglas Silva et Darlan Cunha, que l’on aperçoit déjà dans la Cité de Dieu. Les deux premières saisons sont excellentes, la qualité baisse un peu ensuite, mais la série reste à voir pour ceux qui aiment l’univers des favelas. Elle est conclue par un film où on retrouve les deux héros désormais âgés de 18 ans. Il n’est pas obligatoire d’avoir vu la série avant le film, mais les personnages seront plus attachants en ayant vu la série. Même sans être un classique au niveau de la Cité de Dieu ou Troupe d’élite, le film est très intéressant et aborde avec justesse les thématiques liées à la favela.
Rio Ligne 174 (Última Parada 174)
Encore un film sur les favelas de Rio, qui est le thème qui me touche le plus au Brésil. Et encore un film basé sur une histoire vraie… Rio Ligne 174 revient sur une prise d’otage dans un bus en 2000, qui a paralysé Rio de Janeiro. José Padilha, réalisateur de Troupe d’élite, avait réalisé un documentaire sur le sujet en 2002, Bruno Barreto choisit lui la « fiction » en 2008, même si regarder le documentaire permet de constater que rien n’a été exagéré dans le film de Barreto. Cinématographiquement parlant, ce n’est pas un film exceptionnel, mais l’histoire est prenante jusqu’à la fin et permet de mieux comprendre la tragédie des enfants des rues à Rio de Janeiro et confronte la société à sa propre violence, représentée par la police (le massacre de Candelária est également une histoire vraie). Michel Gomes est convaincant dans le rôle principal, et ce film est un bon complément aux films précédemment cités.
Pixote
Encore un film sur la violence subie et perpétrée par les mineurs, Pixote se déroule entre un centre de détention pour jeunes à São Paulo et les rues de Rio de Janeiro. Réalisé en 1980 par l’Argentin naturalisé brésilien Héctor Babenco, le nom complet du film a son importance : « Pixote, a lei do mais fraco », soit « Pixote, la loi du plus faible ». Présenté comme un précurseur de la Cité de Dieu, le film a vieilli et certaines scènes sont difficiles à regarder, l’ouverture du film où Héctor Babenco joue le rôle d’un reporter montrant la volonté d’un réalisme quasi documentaire. La scène finale est l’une des plus choquantes du cinéma dans sa noirceur et son absence d’espoir et l’acteur Fernando Ramos da Silva, 12 ans à l’époque, est exceptionnel dans son jeu et son regard. La réalité dépasse cette fois la fiction, puisque Fernando Ramos da Silva est par la suite confondu avec son rôle du jeune criminel Pixote et est régulièrement persécuté par la police. Il est finalement tué à 19 ans par des policiers militaires dans des circonstances non élucidées.
Carandiru
On reste sur l’univers carcéral, avec cette fois les adultes, puisque le film se passe à São Paulo dans la prison de Carandiru, alors plus grande prison d’Amérique du Sud. Le film, sorti en 2003, est également réalisé par Héctor Babenco, mais est plus accessible que Pixote. Je ne m’attendais pas à une telle humanité dans un endroit aux conditions aussi inhumaines. Le film est basé sur l’histoire du Dr. Drauzio Varella, médecin qui a mené dans la prison un programme de prévention contre le SIDA, et qui raconte son expérience avec les détenus dans un livre. Je n’ai pas encore lu le livre, mais la force du film réside dans l’humanité des personnages, renforcée par la présence de flash-back. L’histoire est donc réelle, tout comme les vingt dernières minutes du film absolument éprouvantes, avec une émeute suivie du massacre de 111 détenus par la police militaire.
Une seconde mère (Que horas ela volta?)
On reste à São Paulo, mais avec un film moins violent, sorti en 2015. La réalisatrice Anna Muylaert s’intéresse aux inégalités sociales avec un film sur une employée domestique. Il y a au Brésil plus de six millions d’employés domestiques, l’écrasante majorité des femmes noires, qui sont dans une situation précaire. Elles vivent parfois sur leur lieu de travail et font donc partie de la famille, sans être de la famille. Le temps consacré aux employeurs et à leurs enfants se fait donc au détriment de leur propre famille. Intitulé « une seconde mère » en français, le titre original « Que horas ela volta? », « À quelle heure elle rentre ? » est plus parlant. Les personnages sont très bien écrits, les relations entre eux sont bien pensées et Regina Casé, l’une des actrices les plus célèbres du Brésil, livre une prestation magistrale en tant que Val. Un film à voir donc, d’autant plus qu’il aborde un thème rarement aussi développé au cinéma.
Central do Brasil
Retour à Rio de Janeiro, du moins pour le début du film, très réussi. Walter Salles est l’un des réalisateurs les plus renommés du Brésil et est l’auteur de Terre lointaine, Avril brisé, Carnets de voyage ou encore très récemment Je suis toujours là. Son film le plus connu est sûrement Central do Brasil, réalisé en 1998 et primé à de multiples reprises. En plaçant son intrigue dans la gare centrale, Walter Salles montre un Rio assez peu dépeint au cinéma, ce n’est ni celui des cartes postales ni celui des favelas. La suite est un road movie à travers le Nordeste brésilien et le sertão, où on découvre deux personnages, en même temps qu’ils apprennent à se connaître. S’ils sont parfois agaçants, ils sont surtout touchants. La fin est émouvante et le film offre, comme souvent avec Walter Salles, un beau et fidèle portrait du Brésil.
Une famille brésilienne (Linha de passe)
Après avoir filmé le Sertão, zone rurale et aride du Nordeste brésilien, Walter Salles s’attaque cette fois à la plus grande mégalopole du Brésil, São Paulo, et il s’agit sûrement de mon film préféré de Salles. À travers une famille composée d’une mère célibataire et de quatre enfants nés de pères différents, le film nous montre São Paulo et plus largement les grandes villes du Brésil. Le film est assez lent et peut en rebuter plus d’un, mais j’ai aimé suivre ces personnages, leurs rêves et leur destin. J’ai beaucoup aimé le personnage de la mère et celui de l’enfant plus jeune, et la réalisation de Walter Salles touche parfois au génie, notamment dans les scènes en moto ou au stade du Corinthians.
7 prisonniers (7 prisioneiros)
Je termine cette liste comme elle avait commencé, avec un film concernant l’esclavage après l’abolition déjà tardive au Brésil, en 1888. L’histoire se passe dans le São Paulo d’aujourd’hui et puise malheureusement son inspiration dans la réalité. Le film parle de l’esclavage moderne et montre comment des jeunes immigrés ou de régions pauvres du Brésil peuvent se retrouver dans cette situation. L’évolution des personnages est également intéressante et la fin reste ouverte. Je n’ai vu ce film qu’une seule fois et il me semble être en dessous du niveau des autres, mais il mérite d’être vu malgré (ou en raison) un sujet difficile, quelque chose d’assez récurent lorsqu’il s’agit du cinéma brésilien…






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