Nouvelle #2 : Journal de voyage (5/11/2024)

Je profite d’un moment de calme pour écrire ici, car mes journées sont bien remplies. Ça fait à peine 3 jours que je suis arrivée, et j’ai l’impression que ça en fait 10. Je suis tombée amoureuse de la ville. Dimanche, on est allé dans un petit marché à Gloria, puis on est allé à la plage. Il y avait un petit concert et ensuite on a assisté au couché de soleil sur la plage, c’était magnifique ! Hier, on est allé au Christ rédempteur, on était bien obligées. C’était incroyable aussi, la vue, le Christ, tout. On a enchaîné avec une randonnée, cette ville est vraiment dingue, il y a tout, la mer, la montagne, les rues. On était très fatiguées avec Lisa, mais on s’est motivées pour aller à une samba de rue le soir à Lapa, et on regrette pas ! On nous a dit que c’était l’endroit à être un lundi soir et je confirme. Cette ville a une énergie dingue, il y a tout le temps de la musique et les gens aiment trop la fête. Je me fais beaucoup draguée aussi et c’est pas désagréable, il y a des brésiliens qui sont vraiment beaux gosses et ils sont pas insistants, j’ai plus de mal avec les touristes étrangers. Je ne pensais pas que j’allais tomber aussi vite amoureuse de ce pays.

Aujourd’hui, on a fait un tour dans une favela et c’était incroyable aussi. J’étais absolument contre le fait de visiter une favela pourtant. Avant de partir, j’avais demandé des conseils à Juliana, ma collègue brésilienne qui a vécu à Rio et elle m’avait regardée horrifiée, en me suppliant de ne jamais aller dans une favela, qu’on pouvait se faire tirer dessus rien qu’en passant devant. Perso, c’était pas ça qui me gênait, je me doute que s’ils proposent des tours c’est que c’est plutôt safe. Mais pour moi une favela ne se visite pas, je ne voulais pas faire du voyeurisme, aller voir la misère des gens. Je vois déjà des enfants tout seuls dans la rue à Copacabana ou Lapa et ça me serre le cœur. Donc favela c’était mort, mais Lisa a insisté, elle a deux rêves ici, visiter une favela et voir Anitta. Elle m’a dit que le tour était éthique, avec un guide local, et qu’il finançait une école de surf pour les enfants dans la favela de Rocinha. J’adore le surf et puis c’est un peu grâce à Lisa que je suis ici, donc je me suis laissé tentée.

On avait rendez-vous à 14 h à la sortie de métro. D’ailleurs le métro est super propre ici, ça change du métro parisien. On attend 5 minutes et on rencontre Guilherme notre guide. Le premier contact se passe bien et Guilherme parle un anglais impeccable, il a un bien meilleur accent que moi. On attend encore un peu et un couple d’Allemands arrive. Ils font le tour avec nous et la fille s’appelle Emma comme moi. On prend les mototaxis et le tour commence réellement ici. Le taxi va super vite et il zigzague entre les bus et les autres motos. Ça arrive de partout et l’amatrice de sensations fortes que je suis s’éclate. Malheureusement le taxi ne parle pas anglais et la conversation est limitée, il a juste compris que j’étais française et que j’habitais à Paris. Après 5-10 minutes de montée, on arrive tout en haut de la favela, à un point de vue magnifique. Vraiment cette ville est à couper le souffle, on a vue sur Ipanema et Copacabana, le Christ, le lac et la forêt.

Guilherme nous explique l’histoire de la favela, la plus grande d’Amérique latine. Il nous a expliqué qu’elle était née dans les années 1930 et que les gens étaient arrivés petit à petit des régions pauvres du Brésil pour chercher du travail. Il nous dit que la favela est à proximité de la zone riche et que la plupart des gens ici sont des travailleurs dans les services, comme des taxis, gardiens, femmes de ménage ou serveurs. Il y a des trafiquants aussi, mais ça représente même pas 1 % de la population et pourtant les médias ne se concentrent que sur ça. Il nous parle des règles dans la favela. Il est interdit de voler et donc les rues sont plus sûres que Copacabana. On peut se balader avec le nouvel iPhone et il nous arrivera rien. J’étais pas encore enthousiaste ce matin, mais mon regard commence déjà à changer et je me dit que j’ai bien fait d’être là.

On descend ensuite à pied pour arriver dans un restaurant avec vue cette fois sur toute la favela. Elle est vraiment immense, je m’en étais pas rendue compte en taxi. Je ne sais même pas part quel côté on est arrivé. En bas de la favela il y a la mer, et les petites maisons de briques oranges viennent s’ajouter à ces contrastes que je trouve fascinant à Rio. Un peu plus en bas, il y a des jeunes qui font de la capoeira et de la musique, toujours la musique… Il y a une boutique dans le restaurant et j’en profite pour acheter des souvenirs pour ma famille, autant les acheter ici que dans une boutique souvenirs d’Ipanema. On fait quelques photos et nous descendons ensuite par les ruelles. Heureusement qu’on a un guide, les ruelles sont minuscules et surtout il y en a énormément, un vrai labyrinthe ! À un moment il nous dit de ranger nos téléphones, on passe par un endroit où il peut y avoir des trafiquants, mais finalement il n’y en a pas, ou en tout cas je les ai pas vu. On s’arrête devant une maison et en fait c’est la maison de Guilherme. Je trouve ça super cool de nous montrer chez lui, on a vraiment eu de la chance en tombant sur Guilherme comme guide. Il nous dit qu’il a grandit dans cette maison, il habite avec sa mère et il va construire un étage supplémentaire pour louer la chambre ou pour fonder une famille. Apparement ça marche comme ça ici et les voisins s’en plaignent pas. Sa maison est très propre et il y a tout ce qu’il faut. J’ai un peu honte de moi, j’avais imaginé des maisons délabrées, avec à peine l’électricité, mais en fait il y a tout ce qu’il faut et je comprends lorsque Guilherme nous dit que les gens habitent ici par choix. Il nous offre un verre d’eau qui est le bienvenue vu la chaleur qui tape sur Rio et on repart dans les ruelles. C’est fatiguant mais je suis tellement contente d’être là.

On s’arrête dans un « beco », le nom des petites ruelles de la favela, car il y a un autre groupe de touristes avec un autre guide. On se rend compte que le tourisme permet d’aider la favela et les habitants nous reçoivent bien, avec des grands sourires. Il y a dans les petites rues une sensation de tranquillité surprenante. Guilherme nous parle aussi des problèmes de la favela en nous montrant les fils électriques qui sont par dizaines voire centaines sur un même poste, c’est hallucinant ! Avec la chaleur, les postes peuvent sauter, ça peut provoquer des incendies et des pannes d’électricité. Les habitants ne payent pas l’électricité et l’eau, mais il y a des pannes qui peuvent durer plusieurs jours. On continue de descendre les becos, qui se réduisent encore. C’est très humide et on ne voit pas la lumière du jour, Guilherme nous dit qu’il y a encore des cas de tuberculose et que le gouvernement a détruit des maisons et reloger les familles dans des nouveaux bâtiments pour aérer les rues. Il nous parle aussi des difficultés pour certains habitants pour se déplacer ou se meubler, ça paraît en effet impossible de transporter un frigo dans ces ruelles-là. Heureusement, il y existe une solidarité entre les habitants et il y a toujours quelqu’un pour aider celui qui en a besoin, on devrait s’en inspirer en France…

Et puis dans une rue j’ai vu un trafiquant armé d’une énorme mitraillette qu’on voit que dans les films normalement. Ca m’a choqué, le trafiquant semblait très jeune et les gens passaient à côté de lui sans s’en soucier, comme si c’était normal… J’ai eu une poussée d’adrénaline et je n’ai pas pu m’empêchée de regarder encore le trafiquant, mais ça n’avait pas l’air de le déranger, au contraire il s’en amusait. Beaucoup de choses se basculent dans ma tête et je ne sait finalement même plus quoi en penser. Finalement, je crois que c’est comme Guilherme l’a expliqué, c’est seulement une partie de la favela. On arrive ensuite à l’école de surf et Nando, le directeur de l’école qui est un ami de Guilherme, nous explique le fonctionnement. Les enfants ont école jusqu’au début de l’après-midi et ensuite ils sont libres. Souvent ils sont seuls à la maison et c’est comme ça qu’ils se retrouvent à traîner dans les rues et certains tombent dans le trafic de drogues. Le projet social de Nando offre des cours de soutien scolaire et ensuite les enfants apprennent le surf. Nando est hyper inspirant et heureusement qu’il y a des gens comme lui pour les enfants ici.

Le cours de soutien scolaire se termine et on rencontre les enfants sur la terrasse de l’école, avec vue sur Rocinha. On a déjà bien descendu par rapport à l’arrivée en mototaxi ! Les enfants ont l’air contents de voir des « gringas », le nom qu’on entend partout dans Rio pour les étrangers. Une petite fille de 8 ans s’approche de moi et me fait spontanément un câlin. Elle est tellement mignonne et même si on ne parle pas la même langue, on arrive à se comprendre par le regard. On passe encore du temps avec les enfants de l’école et mon regard se pose au loin, sur le bas de la favela et la mer infinie. En regardant le paysage, j’ai un sentiment de bien-être, presque de bénédiction. J’ai eu une année difficile, je me suis séparée pour de bon de Guillaume et même si c’était ma décision, j’ai encore lâché beaucoup de larmes pour lui. J’ai eu des mois très difficile et c’est au bout du monde que je me sens bien avec moi-même, fière de moi et de mon métier. Guillaume me répétait que le droit des familles c’était pour les avocats ratés, pas assez intelligents pour être dans le droit des affaires, mais je fais ce que j’aime et en écoutant parler Guilherme (je m’amuse même de la ressemblance des prénoms), je me rends compte de l’importance de ce que je fais, d’aider les familles déjà déchirées. Il y a quelques mois, je ne serai pas partie au bout du monde, je ne serai pas allée visiter une favela, mais j’ai beaucoup évolué. J’avais des congés à prendre avant la fin de l’année, et quand Lisa m’a proposé ce voyage, je n’ai plus écouté mes peurs, j’ai fait le saut et j’y suis allée, et c’est déjà l’une des meilleures décisions de ma vie. Aujourd’hui je suis heureuse.

On quitte finalement l’école et on redescend au métro en bas de Rocinha, mais Lisa comme moi avons envie de rester un peu. Guilherme nous conseille un bar en bas de la favela et on reste un peu pour prendre un verre dans un bar effectivement très sympa. Lisa a adoré la visite aussi et on échange nos impressions, encore secouées par l’expérience. Je suis encore au début du voyage, mais je sais déjà que le tour à Rocinha sera l’un des moments les plus forts du voyage. Je regrette juste de ne pas parler portugais, j’aurais aimé communiquer plus avec Maria, la petite fille qui a touché mon cœur. C’est décidé, l’année prochaine, j’apprends le portugais !

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